Animés par une culture du faire ensemble, les wavemakers surfent sur la vague pour innover et changer le monde. Quatre ateliers, impulsés par Djemillah Mourade-Peerbux pérennisent ce mouvement chez nous d’ici fin 2021. On s’est immergé dans le premier Wavemakers Social Innovation Skills Lab. On vous dit tout.
Ils sont une trentaine à braver le vent et la pluie ce samedi-là. Carolyn, avocate, est là parce que pour la première fois, dit-elle, « on va parler innovation sans évoquer les STEM (Science, Technology, Engineering, Mathematics). »
Sélectionnée à l’aveugle, cette nouvelle génération de leaders composée d’entrepreneurs, d’étudiants, et d’activistes sociaux, ne cache pas son enthousiasme. Karuna veut s’affranchir des formats classiques d’apprentissage pour co-créer et réfléchir ensemble sur le modèle de société de demain.
Financé par l’ambassade américaine, ce premier atelier d’une série de quatre, entend amener les participants à réfléchir collectivement et ce, grâce à une série d’activités.
Ici il n’y a aucune idée “folle”, au contraire elles sont même encouragées pourvu qu’elles impactent sur la communauté. « Accordez-vous la permission d’être des rêveurs », exhorte Djemillah Mourade-Peerbux. C’est elle qui est à l’initiative de cet atelier aussi expérimental qu’inédit à Maurice.
Cette trentenaire, journaliste de profession, titulaire du Mandela Fellowship Programme for Young Africain Leaders en 2019, a monté ce Social Impact Community pour casser les codes. « Ces Skills Labs fournissent un espace de liberté créative. Les participants s’autorisent à être vulnérables pour créer ensemble. Ils discutent beaucoup et s’épaulent. Ils veulent aussi documenter leurs expériences. Ils commencent déjà à répertorier leurs histoires et envisagent la création d’un site web. Ils pensent à des podcasts et à monter un Human Library », s’enthousiasme Djemillah.

Qu’est-ce qu’un wavemaker ?
Etre un wavemaker c’est développer un état d’esprit de curiosité, de partage, d’ouverture et d’apprentissage pour bricoler des idées neuves, innover, expérimenter, essayer avec un objectif commun : développer la culture communautaire pour apporter des changements durables pour tous.
C’est la libre circulation des informations, des connaissances et des idées pour développer des compétences, créer une communauté et avancer. Dans cet atelier, l’apprentissage non-académique est privilégié. Cela commence par un Barter Puzzle.
Apprendre en s’amusant
Répartis en groupe de six, les participants doivent construire un puzzle. Soit en allant piocher chez les autres pour échanger leurs pièces ; soit en achetant d’autres pièces lors d’une vente aux enchères. L’exercice dure une heure et demie.

Objectifs ? Apprendre à dégager une stratégie commune pour réussir l’exercice tout en gérant son budget. Bref, à identifier ses forces et ses faiblesses pour avancer vers un objectif commun.
C’est cela le community-building ; composer avec ce que l’on a et les circonstances pour se réaliser.
« En nous appuyant sur les compétences de chacun, nous avons réussi à avancer », se réjouit Kelly.
Après le puzzle, c’est le jeu du Serpent et de l’échelle. Son but ? Apprendre aux participants que les échecs et les succès font partie du voyage.
Dans une euphorie presque enfantine, tous retiennent que pour atteindre leurs objectifs, travailler ensemble permet d’aller plus loin.
C’est aussi cela un wavemaker : comprendre que l’on est interdépendant et qu’aujourd’hui, dans un contexte de défis mondiaux liés à la crise climatique et sanitaire, chacun doit faire sa part pour amener le changement.
Des conversations passionnantes ont suivi. Les objectifs de développement durable, l’économie circulaire et l’autonomisation des communautés, ont nourri les réflexions. La journée s’est achevée vers 18 heures. Tous sont repartis avec le sourire.
Portrait de Djemillah Mourade-Peerbux
Une entrepreneure à contre-courant
De l’école Notre-Dame des victoires au collège Notre-Dame, sans oublier son immersion chez Seed Spot, un incubateur d’entreprises sociales dans l’Arizona américain, Djemillah n’a pas cessé de développer ses compétences.
Sortir des schémas classiques
Citoyenne éclairée et engagée, elle monte The Ripple Project en 2016. Objectif : lutter contre le period poverty (le manque de moyens financiers de certaines femmes pour s’acheter des serviettes hygiéniques au moment des règles).
En 2019, grâce à son échappée belle aux Etats-Unis, elle apprend à sortir des schémas classiques de pensées pour épouser les contours de l’entrepreneuriat social. Seed Spot investit des millions de dollars pour soutenir la formation d’entrepreneurs humanistes. Djemillah est de ceux-là.
Elle ambitionne de monter un institut local dédié à l’entrepreneuriat social d’ici 2030. Le bien commun est au cœur de son business model.
“Notre rapport au monde n’est pas celui qu’il devrait être”, explique-t-elle. “ L’humain, la communauté et son bien-être doivent être au centre de toutes les considérations ”. C’est le Human Centered Design dont elle a appris les contours chez Seed Spot. Des concepts comme le Triple Bottom Line – People, Planet, Profit, sont au cœur des projets qu’elle monte.
Changer de modèle économique
En mars 2020, elle monte l’Ecopreneurs Launch Camp. Des entrepreneurs proposant des produits eco-friendly, la suivent.
Ces écopreneurs tout comme les wavemakers sont une communauté investie pour impacter durablement et collaborativement sur la société.
Parallèlement, Djemillah poursuit ses études pour s’orienter vers le policymaking. « Tous les projets dans lesquels je m’embarque sont des laboratoires d’apprentissage de compétences. Il faut désormais que j’avance vers des projets à plus grande échelle pour œuvrer de manière systémique dans le domaine de l’éducation et de la lutte contre la pauvreté. »
Pas étonnant que son engagement humain et communautaire rayonne sur l’Afrique. Notre compatriote est nommée au Funmilayo Ransome-Kuti Human Rights Award (individual) category 2021 Community Engagement & Human Rights (CAHR) Awards. On lui souhaite le meilleur !