Ingénieur biomédical, Jade Li a renoncé à faire carrière dans la recherche pour apprendre la science et le coding aux enfants. Avec Katapult, sa start-up, elle espère bientôt conquérir le continent africain.
Qui est-elle ?
A 28 ans, rien ne l’arrête. Titulaire d’un Master of Engineering in biomedical du prestigieux Imperial College de Londres, Jade est ingénieur biomédical. Sa spécialisation ? L’élaboration de matériels et d’équipements de haute technologie pour le secteur médical.
Ce qui la fait courir ? L’innovation et la transmission. « Je me définis comme une change-maker, une solution-provider et une critical-thinker. »
Pourtant, au collège Queen Elizabeth, elle s’ennuie. « L’école était pour moi un lieu de rencontres. J’avais de bonnes notes. Mais rester une journée le nez plongé dans les livres, ne me convenait pas. » Jade est curieuse. Elle aime l’aventure et se lance des défis en permanence.
A la maison, elle démonte les appareils électroniques sans savoir comment les remonter. La peinture, la poterie, la mosaïque, sont ses terrains de jeux.
L’univers des jeux vidéo la fascine et en même temps, elle se rêve aussi médecin. Un stage dans une clinique privée l’en dissuade. Elle estime que la technologie médicale n’évolue pas assez vite. Elle s’oriente donc vers le biomédical.
Apprentissages
Elle est Teaching Assistant pendant les deux dernières années de ses quatre ans d’études. Elle doit solutionner les bugs des premières et deuxièmes années lors des cours de programming. Cette expérience lui plaît. Elle a connu les mêmes galères que ceux qu’elle assiste.
Pendant ses vacances au pays, elle découvre Natec Medical Ltd. Cette société est spécialiste de la conception, du développement et de la fabrication, spécialisée dans les dispositifs médicaux d’intervention percutanée (PID) pour le marché mondial. On lui propose un job avant même la fin de ses années universitaires. Jade rentre à Maurice et devient la Research & Development engineer de Natec.
Faire à sa manière
Au travail, elle croise des stagiaires fraîchement diplômés, complètement largués. Elle réalise le fossé qui existe entre la théorie et la pratique. « A Maurice, il y a une telle pression de réussite académique. Échouer est tabou. Les jeunes étudient jusqu’à s’abrutir. Ils ne disposent pas des outils nécessaires pour être efficaces dans l’entreprise. Il existe un gap entre les études et le monde du travail. Je voulais créer a “better experience” pour les nouveaux venus.» Elle ébauche un side-project en ce sens.
Un atelier avec des enfants va pourtant tout changer. Jade laisse tomber son job confortable pour monter des ateliers scientifiques et pédagogiques pour les enfants de 6 à 13 ans. « Tout le monde pensait que je n’y arriverai pas. Mais je savais que je tenais quelque chose. »

Katapult on track
Parallèlement, La Turbine, incubateur de starts-up recherchait des idées novatrices pour les impulser. Jade saute sur l’occasion. Son business model est validé. Elle est accompagnée pendant douze mois pour concrétiser son projet. Katapult est né.
Jade toque aux portes pour trouver des mécènes. Elle monte son site web et entame une collaboration avec les écoles. Elle démarre un premier atelier autour des circuits électriques avec une dizaine d’enfants de 6 à 8 ans. Objectif : leur apprendre à créer son et lumière de manière ludique, avec les moyens du bord. « Les enfants ont compris qu’ils peuvent avoir des idées et les expérimenter sans peur du jugement.»
Pour certains, cette expérience relève de la magie. Jade s’en réjouit. « Je suis une facilitatrice et je veux continuer à impacter sur les enfants. Je leur propose un learning journey. L’idée c’est de leur apprendre à ne pas être des consommateurs passifs d’écrans. En comprenant comment cela fonctionne, ils deviennent des digital creators. En apprenant les bases du coding, en ayant ce digital freedom, ils apprennent à créer un univers qui leur est propre. » Quid des parents ? « Ils comprennent que leurs enfants ont besoin de digital skills et de lifelong skills pour être mieux préparés pour l’avenir. »
Aujourd’hui Katapult emploie trois personnes. La crise-Covid est venue confirmer l’urgence et la nécessité de s’adapter aux outils technologiques indispensables à l’école, à la maison et au travail. Jade a réussi son pari.
(Pour en savoir davantage : www.katapult.mu).
C’est quoi le coding ?
Il s’agit de parler un langage compris par la machine. On dit aussi programmation informatique ou codage. Savoir coder c’est comme apprendre un nouvel alphabet, celui du numérique.
C’est un travail de logique, de prévision et d’anticipation par le biais d’algorithmes. Ces algorithmes sont une série d’instructions permettant de résoudre un problème. On parle à la machine pour qu’elle exécute nos souhaits.
Si Facebook ou des applications comme Uber ou TripAdvisor ont réussi à créer des services, c’est grâce à leur codes et algorithmes.
Le coding est donc un nouveau levier pédagogique. Il permet aux enfants de développer leur curiosité, leur créativité et leur sens critique. Ils apprennent en s’amusant.
Les spécialistes s’accordent à dire que « savoir coder est la compétence de demain. » Pourquoi ? Parce que le coding exige d’actualiser ses compétences techniques en permanence. Il faut donc constamment se remettre en question et s’adapter afin de continuer à évoluer.
Pourquoi savoir coder est-il important ?
C’est important que les enfants comprennent assez tôt qu’ils devront maîtriser les outils technologiques dans leurs futurs métiers.
En comprenant la logique de programmation, ils peuvent mieux comprendre les environnements numériques et sauront mieux les utiliser.
Applications disponibles
Il existe des applications comme Scratch qui permettent de réaliser un film d’animation à partir d’une lecture suivie ou d’un projet d’écriture. Il faut seulement « dire » à la machine ce qu’on veut qu’elle fasse pour qu’elle s’exécute. Scratch est disponible sur Google Play.
L’Afrique en ligne de mire
Jade Li et sa Chief Operating Officer (COO), Lohinee Parmessur, 29 ans, voient grand. Elles veulent étendre le savoir-faire de Katapult sur l’Afrique. Lohinee qui a grandi à Rose-Belle, a été l’un des membres fondateurs de l’African Leadership University (ALU) en 2015. Elle a étudié Psychology & Counselling au Middlesex University.
Après avoir travaillé dans diverses starts-up au Rwanda et au Kenya grâce à ALU, elle a développé ses compétences en termes de Growth & Strategy.
L’Afrique, qui sera le continent de la masse salariale la plus importante d’ici 2030, est the place to be pour Katapult. « En Afrique j’ai appris le pouvoir de la communauté. L’effort individuel prend tout son sens à travers le développement communautaire », affirme Lohinee. « Nous pouvons donc toucher ces populations avec notre savoir-faire et nous assurer qu’elles évoluent avec les technologies », ajoute Jade.
D’ici là, elles sondent les parents, les responsables d’établissements scolaires, les utilisateurs. Objectif : comprendre les manquements liés à l’utilisation d’outils technologiques. Ensuite, une vaste opération de levée de fonds sera nécessaire pour exporter durablement ce projet en Afrique.
Portrait Jade Li – Source http://www.mazavaroo.mu/